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J’aperçois ta chevelure blonde que je devine incrustée dans ce vieux mur, un peu comme si on avait serti une émeraude.  Si la pierre n’a plus d’odeur, le vent qui balaie la mèche de cheveux coincée depuis des siècles à celle des milliers de souvenirs. Les nôtres.

Et je me souviens de tes yeux bleus d’aigue marine, disposés comme deux petites pierres précieuses au milieu d’un cercle parfait de sable fin.

Je me souviens de tes petits bras dont les mains enserrent avec difficulté le contour des rames. Et de ce geste, fragile et précis, qui balaie l’air autour de toi, autour de nous.

Combien de fois suis-je resté sur les grèves, à te regarder arriver avec le coucher de soleil derrière, les lueurs orangées valsant dans cette immense cours de récréation qu’est le ciel ?

Combien de fois suis-je resté sur le rivage, à te regarder partir avec la lune au-dessus, sa lueur blanchâtre illuminant suffisamment ta barque pour te guider à travers la pénombre ?

Combien de fois suis-je monté avec toi sur ce vieux rafiot de fortune, t’enlaçant en regardant ces vieux murs de pierre se raviver le temps d’un souffle sucré déposé sur ta nuque ?

Et combien de fois, combien de fois avons-nous ri à gorges déployées, combien de fois avons-nous incarné l’insouciance à l’unisson, tes doigts entre les miens ?

Et je crois qu’aujourd’hui je me souviens, je crois que cette mèche de cheveux survivra, comme ton souvenir, comme mon amour, comme nos sourires sur ces innombrables photos jaunies.

Car si le temps essaie de nous tromper, de nous faire oublier par quelques manipulations, les dernières lueurs à l’horizon nous rappellent qu’il ne s’efface jamais vraiment. De l’aurore au soleil couchant, de l’aube au crépuscule, notre vie s’est étendue comme une seule et longue journée que nous avons chérie à chaque instant.

Nous avons vieilli sur cette barque, au gré des flots, des marées basses et des marées hautes. Et c’est sous le soleil que nous avons grandi. Nous l’avons partagé, comme deux adonis qui, maladroitement, cassent un biscuit en deux, le regard de l’un fondant dans celui de l’autre, pour y lire le plaisir.

Ce plaisir de posséder une moitié de soleil chacun.

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Issu de L’aube de nos solstices, mon deuxième recueil de poèmes dont la parution est prévue pour Janvier 2016.

Photo : Jyväskylä (Finlande) – Août 2015

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