ATARAXIE NOCTURNE

J’ai un rêve fou, celui de courir avec toi
Laisser les néons jaunes guider nos pas
Arpenter les rues sans regarder où l’on va
Pour finir par nous asseoir sur l’un de ces toits.

Dans le silence de la nuit tu me dévoileras
Tes craintes qui tomberont au son de nos pas
Dans l’obscurité éthérée de la nuit tu poseras
Tes lèvres sur les miennes pour la première fois.

La vapeur sortant de nos bouches dans le vent
Anéantira cette malédiction qu’est le temps
Peu à peu nos jeux insolites prennent vie
Alors que notre enlacement s’intensifie.

Dans le froid glacial je sens ta chair nue
Frictionner avec ardeur contre mon corps
La nuit nous a métamorphosés en inconnus
Mais nos sens s’affermissent, c’est si fort.

Vivre quelques jouissances sous les étoiles
Combien d’hommes ont pu faire cela ?
L’orgasme céleste vient donner des ailes
À la pariade qui prend son envol et hèle.

Aux milliers de citoyens urbains encore endormis
Qui meurent d’ennui sous les astres de minuit
Et qui jamais ne goûteront aux plaisirs de la nuit.
Toujours éveillés par les mêmes illustres éclaircies
Qui chaque matin anéantissent leur divine ataraxie.


FŒTUS DÉLAYÉ

Vaste océan de liquide intestinal
Sous lequel je suis plongé en apnée.
Le sang arpente mes voies nasales
Et je me nourris la gorge nouée.

Mère, garde-moi à l’intérieur
Pour que continuent de me bercer
Les palpitations de ton cœur
Vibrant dans ce ventre galvaudé.

Naissance, plus belle des surprises
Donnée puis reprise avec hantise
Je ne voudrais jamais voir la lumière
Déjà apeuré par ces hasards austères.

Reprends tous ces nucléoles
Pour que je puisse rester en toi
Et que se dessine cette auréole
Qui m’évitera à jamais l’autrefois.

Mère, évite-moi l’extérieur
Pour que continuent de m’apaiser
Ces layons de fleurs trompeurs
Qui abritent mon fœtus délayé…


LÉVIATHANS

Placidement je foule les grèves
La violente houle de la mer
Ondule pour faire la trêve
Avec mon sang et ma chair.

Tandis qu’une odeur marin
S’élève depuis le sillage
D’un vieux bateau délabré,
Victime de mille pillages.

À l’horizon, s’installe le crépuscule
Telle la lumière d’un phare naturel
Qui confère aux égarés des ailes
Afin de retrouver la voûte céleste.

Celle qui leur fera regagner la berge.

Maîtres des terres aquatiques,
Ignorant une quelconque métrique,
Des vers qui restent une gymnastique,
Périlleuse mais ô combien orgastique :

Plus jamais ils ne craindront l’océan
Plus jamais ils ne connaîtront la peur
Des Léviathans, immenses monstres sanguinolents
Se cachant à l’embouchure des sinistres océans…


LE LINCEUL DE NOS EXISTENCES

Parfois j’aimerais soulever ce drap
Qui recouvre nos sens et perceptions
M’alléger de toutes ces déceptions
Errant en moi, ternissant mon éclat.

Je ne parviens qu’à salir mes mains
Alors que jaillit la bourbe qui me noie
Je scrute doucement le tissu de soie
Frapper le sol, regagner les miens.

J’avale la vase par gorgées entières
Observant mes membres se transmuter
En une affreuse masse démesurée
Et l’abîme fauche mon être de terre.

Retrouver ces suaves odeurs sucrées
Qui caressent les jardins de pâquerettes
Revivre les joies d’une enfance passée
Dont jadis tu emplis les cachettes.

Défier la houle des vagues infernales
Qui ondulent sur le sable ambré
Sentir les grains chauds se coller
Sous mon innocence immuable.

Et rire, rire à en affoler nos sens
Saisissant la magie de cet instant
Pour immortaliser la joie se voilant
Sous le linceul de nos existences…

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